de
droite comme de gauche, ont pris conscience de l’urgence
qu’il y a à protéger l’enseignement de l’arabe dans
l’enseignement public. Après l’intervention de M.
Yannick Bodin , la semaine dernière, c’est M. Jacques
Legendre , auteur en 2003 d’un rapport sur
l’enseignement des langues étrangères , qui a adressé
une question au ministre de l’éducation nationale.
M.
Jacques Legendre attire l’attention de M. le ministre de
l’éducation nationale sur la situation et l’avenir de
l’enseignement de l’arabe en France. Selon les dernières
statistiques parues, pour la rentrée 2008, 6 468 élèves
de collèges et de lycées apprennent l’arable, soit 0,1%
de l’effectif total. Force est de constater que depuis
vingt ans, l’enseignement de l’arabe stagne à un niveau
extrêmement faible. Même au sein des langues rares,
l’arabe occupe une position secondaire, nettement
derrière le russe et le chinois. La faiblesse des
effectifs contraste singulièrement avec l’importance du
vivier français de locuteurs natifs et la force de notre
tradition orientaliste depuis Sylvestre de Sacy, la
richesse de la culture arabe classique et la vitalité
des médias arabophones contemporains, enfin le poids
géostratégique des pays arabes et les liens historiques
qui les rapprochent de la France.
La
faiblesse de l’enseignement de l’arabe en France n’est
pas sans conséquence directe sur l’enseignement du
français dans les pays arabes : tout désengagement de
notre part peut être interprété comme un désintérêt, qui
poussera les pays arabes à reconsidérer à leur tour la
place du français, au profit de l’anglais notamment.
L’affaiblissement des liens culturels, que
l’apprentissage croisé des langues permettait de
renforcer, risque d’avoir à long terme des répercussions
politiques et économiques sérieuses.
La
demande de cours d’arabe ne fait pourtant pas défaut,
comme en témoigne le succès même des enseignements
proposés dans le cadre d’associations confessionnelles.
Est plutôt en cause la carence de l’offre au sein de
l’éducation nationale. Alors même que les programmes ont
été clarifiés au profit d’une meilleure intégration des
différentes variétés dialectales et que la qualité des
enseignants formés au sein de l’université n’est pas
contestée, l’apprentissage de l’arabe ne semble pas
assez valorisé. Il souffre de stéréotype qui la
cantonnent au rôle de langue du pays d’origine et de
langue religieuse, ce qui favorise ainsi le repli
communautaire au détriment du dialogue interculturel.
C’est
pourquoi il lui demande quelles mesures seront prises
pour lutter contre le lent déclin de l’enseignement de
l’arabe et favoriser au contraire son développement dans
le triple souci de promouvoir la diversité culturelle,
de favoriser l’intégration de jeunes issus de
l’immigration et de dynamiser les relations économiques
avec les pays arabes.
*publiée
dans le JO Sénat du 08/10/2009 - page 2344